Interview : Jac Lelièvre

Nous sommes à la fin des années 70 sur FR3. Et c’est avec délice que les enfants de l’époque découvrent un nouveau compagnon : Balathazar le mille-pattes. Il deviendra très vite le personnage incontournable de la chaîne avec ses gags inoubliables. Iletaitunefoislatele.com vous propose de partir à la rencontre de son créateur le dessinateur Jac Lelièvre (Jacques Lelièvre) également à l’origine de Georges le rouge-gorge et léon le caméléon…

Comment avez-vous démarré dans le domaine de l’illustration ?

A 19 ans, je vivais en province dans la région nantaise et grâce à mon parrain, qui connaissait un dessinateur vivant sur Paris, Marcel Radenen qui signait Rams, j’ai commencé à travailler pour la presse enfantine. Il y avait beaucoup d’illustrés à l’époque. Nous étions en 69, la bd était accusée de pervertir la jeunesse et une loi obligeait les journaux de bandes dessinées à mettre 25% de pages rédactionnelles dans leur contenu. Ce qui se traduisait par des pages de jeux, de petites nouvelles illustrées, … Je me suis jeté dans cette niche et j’ai fait beaucoup de pages de jeux dessinés et d’illustrations à mes débuts.

Qu’est-ce qui vous a conduit à créer le personnage de Balthazar ?

Après cette période de dessinateur de jeux, j’ai fait mon service militaire. A ma sortie, j’ai eu l’opportunité de reprendre au dessin le personnage de Gai-Luron de Gotlib, pour la collection des « Poches » chez Pif. Cela me donnait une sécurité financière et parallèlement, je réussissais à placer des bandes dessinées plus personnelles notamment dans les journaux des éditions Fleurus (Formule 1, Djin, Fripounet). Ma devise était « Faire simple pour être efficace ! ». J’aimais dessiner des personnages à partir de taches de couleurs. J’aimais aussi faire des histoires sans paroles. Balthazar est venu tout naturellement. J’ai su tout de suite que je tenais un personnage important. Le genre de truc, très rare que l’on attend et qui un jour vous tombe dessus. J’avais alors 25 ans.

fr3 jeunesse

Balthazar fut pendant plusieurs années la mascotte d’FR3 jeunesse. Comment s’est mis en place votre travail avec la chaîne et comment avez-vous appréhendé ce rôle particulier pour votre personnage ?

Balthazar fut tout de suite publié dans le journal « Formule 1 ». A la rédaction de ce magazine pour enfants je croisais un jour Florence Mirti, une journaliste télé qui faisait aussi des traductions de BD italiennes. En voyant Balthazar elle me dit que FR3 Jeunesse cherchait une mascotte pour son générique et qu’il pourrait peut-être faire l’affaire. Elle me donna le téléphone de Mireille Chalvon, la responsable adjointe qui était une amie à elle. J’ai obtenu un rendez-vous très vite. Et tout s’est enchainé naturellement. Il y avait une pile de projets pour le générique mais Balthazar est passé devant. Hélène Fatou, la directrice des programmes, est tombée amoureuse de Balthazar. Il a fallu ensuite plus d’un an avant qu’il puisse commencer à s’animer. Plusieurs maisons de production ont fait des devis, et finalement ce sont les films Champeaux qui furent choisis. Après 4 premières minutes de « pilote » (essai), on me proposa de travailler sur le générique. L’idée du ballon dirigeable qui avait la forme du logo de FR3 jeunesse, vint spontanément dans un taxi que j’avais pris car il tombait des cordes, et fut réalisé très vite. Je vivais un rêve.

Deux artistes ont accompagné musicalement Balthazar : Francis Lai et Jo Akepsimas. Quels souvenirs gardez-vous de ces collaborations ?

Les 4 premières minutes du « pilote » de Balthazar ont été faites à l’ancienne (façon Disney, Tex Avery, …). A savoir, la musique fut écrite et jouée en studio au millimètre et les dessins furent calés dessus. J’étais dans le studio parisien où Jo Akepsimas a réalisé cet exploit. J’en garde un souvenir de très grand professionnalisme sans compter son talent exceptionnel et sa gentillesse. Je n’ai jamais rencontré Francis Lai. La musique du générique Jeunesse était dans le «marbre» et le studio Champeaux s’est calé dessus. Balthazar du coup a eu la chance d’avoir deux compositeurs géniaux et deux musiques différentes rien que pour lui ! Trop fort et trop bien. La grande classe.

Durant les années 70-80, les chaînes de télévision diffusaient régulièrement de courtes séquences d’animation (les Tifins, Cocoshaker…) notamment comme interludes. Qu’est ce qui selon vous explique ce phénomène et quel regard portez-vous sur cette période ?

C’était dans l’air du temps… Le public aimait beaucoup cela. A mon avis cela va revenir… Les modes tournent et reviennent… un peu revisitées à chaque fois! On appelait cela intercalaires, virgules ou pastilles… maintenant il y a des programmes courts avec des comédiens !

A la télévision Balthazar a eu deux autres compagnons, Georges le rouge-gorge et Léon le caméléon. Comment sont nés ces personnages et quelle place tiennent-ils dans votre oeuvre ?

J’ai beaucoup d’affection pour eux deux. Ils me ressemblent intimement. Je suis à la fois caméléon et rouge-gorge… Le mille-pattes est lui plus universel… chacun peut s’y retrouver ! Léon et Georges sont nés à la demande de Christophe Izard qui cherchait des intercalaires animés pour son émission du « Village dans les nuages » qui succédait à « L’île aux enfants » et Casimir. Je faisais déjà une bd avec un caméléon dans le journal « Fripounet », graphiquement différent, mais je l’ai remanié pour l’animation. Sinon Georges est arrivé naturellement. J’ai une tendresse particulière pour lui… J’aurais aimé qu’il poursuive sa route ou plutôt son vol.

Quel souvenir gardez-vous de l’émission Le Village dans les nuages et plus particulièrement de votre travail avec Christophe Izard ?

J’ai rencontré Christophe Izard en Finlande. FR3 m’avait envoyé là-bas à une rencontre des télévisons francophones. J’y présentais Balthazar. Christophe m’a abordé simplement. « Je vois que cela marche pour toi sur FR3 ! Je ne peux te laisser passer. Viens travailler avec moi ! » m’a-t-il proposé. Le rêve se poursuivait. Ensuite à chaque fois que j’ai revu Christophe à la SFP, aux Buttes-Chaumont cela a toujours été simple. Il était disponible, décontracté et attentionné malgré l’énorme « machine » qu’il faisait fonctionner. J’étais très admiratif.

Plus de 40 ans après la naissance de Balthazar quel regard portez-vous sur le chemin parcouru par ce mille-pattes ?

Balthazar a toujours été près de moi, comme un protecteur, une mascotte. Il a participé grandement à donner une direction positive à ma carrière et plus encore. S’il me doit la vie je lui dois une grande partie de la mienne.
« Balthazar est l’image même de la vie ! » a d’ailleurs résumé un jour un psychologue. « Il est une micro société à lui tout seul, qui permet à chacun de ses éléments d’être libre et différent tout en faisant partie intégrante de l’ensemble. »
Hélène Fatou et Mireille Chalvon ont souvent présenté Balthazar à des enfants de tous âges dans les écoles. Il a toujours eu un franc succès et fut souvent applaudi.
Balthazar a également été acheté par de nombreuses télévisions étrangères et cela me réjouit de savoir qu’il a gambadé ainsi sur les écrans du monde entier.

balthazar
Aujourd’hui c’est notamment sur votre blog que vous partagez votre vision du monde et votre humour. Comment se déroule votre travail quotidien et comment choisissez-vous vos sujets ?

J’ai ouvert mon blog fin août 2011 et depuis j’ai toujours fait un dessin par jour, qui est vu par un nombre réguliers de fidèles abonnés et aussi par ceux qui passent sur les différents réseaux sociaux. Difficile de les quantifier. Parfois je sais qu’ils sont nombreux. C’est un exercice journalier dont j’avais toujours rêvé et que je réalise sans pression et en toute liberté. Je peux partir d’une actu, d’une idée mais cela peut être un croquis fait sur le vif dans la rue, en voyage ou juste l’esquisse d’une fleur dans mon jardin.

Pour conclure auriez-vous un message pour les lecteurs d’iletaitunefoislatele.com ?

Une idée qui prend forme, un rêve qui se réalise et votre vie change. Il faut chercher, créer , y croire toujours. Chacun à un imaginaire qui ne demande qu’à s’épanouir. Le dessin a été ma clé mais il y en a plein d’autres. Savoir saisir la chance quand elle passe à votre portée, avec énergie, volonté et sans complexe.

Photo et images ©Jac Lelièvre

Interview réalisée par E-mail (le 5 juin 2016)

Un très grand merci à Jac Lelièvre pour son accueil mais également pour avoir accepté de répondre aux questions d’iletaitunefoislatele.com

Blog de Jac Lelièvre

Ouvrages de Jac Lelièvre disponible sur la boutikajac

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